Frédéric MISTRAL
Lycée des métiers de l'automobile et des services aux entreprises
MARSEILLE
 

De jeunes regards sur ce qui ne doit jamais être oublié

vendredi 13 février 2009, par Mme Boutry

Sur les pas de lycéens en Pologne, à Auschwitz-Birkenau

La neige, qui recouvre les environs de Cracovie, tranche avec le gris déprimant des banlieues polonaises. Par les vitres du bus, les 1ere bac pro du lycée Frédéric-Mistral contemple le paysage, les yeux alourdis par deux bonnes heures d’avion. Des maisons, des magasins, des champs, encore, et encore… Il est 10h. Le car s’arrête net sur une petite route. Les élèves et les deux professeurs sortent. Un vent glacial leur lacère le visage, par une température de -5º.

Au milieu de nulle part, deux wagons. C’est la judden rampe. Il y a plus de 65 ans, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se trouvaient au même endroit. Ignorant encore le sort que leur réservaient les nazis. À quelques encablures, l’entrée du camp d’extermination de Birkenau. Les lycéens avancent, le visage blême. Les photographies des manuels d’histoire leur reviennent, cette fois bien réelles. "En tant que prof, on se pose énormément de questions avant d’aborder un tel sujet", lâche Olivier Vincent, 27 ans, professeur d’histoire-géographie.

Du haut du mirador principal, on distingue les interminables rangées de baraquements. Les lycéens entrent dans l’un d’eux. Des planches de bois en guise de lit, des latrines. L’horreur, la détresse de tout un peuple y est encore palpable. "J’en avais une idée assez vague, mais je ne m’attendais pas à ça. Ce qu’ont fait subir les nazis aux juifs est atroce", balbutie Kasan, 19 ans, d’origine algérienne. Aux alentours de midi, le froid s’intensifie. Et la visite aussi. Les lycéens se trouvent face aux ruines des chambres à gaz. Les filles se réconfortent entre copines, les garçons, plus fiers, tentent de contenir l’émotion. "Excusez-moi, je n’ai pas envie de parler…", susurre un jeune homme. Il y a des silences qui en disent long.

14h30, instant de recueillement devant le mémorial. Après une courte pause repas, les lycéens arrivent devant l’entrée du camp de concentration d’Auschwitz. Au dessus d’eux, la tristement célèbre inscription "Arbeit macht frei", traduire "le travail rend libre". Là, les blocks qui abritaient les déportés ont été transformés en musée. Les jeunes gens et les professeurs y pénètrent, et se retrouvent face à une vitre, derrière laquelle s’étalent des cheveux. Le crime est là, sous leurs yeux. "On ressent la souffrance des juifs au plus profond de nous. Ces cheveux coupés, c’est une trace physique, ça touche à l’humain", affirme Geoffrey, 18ans.

Dans le block 20, une photographie attire l’attention du groupe : le bureau de recrutement de la Waffen SS française à Marseille. Sur les murs des clichés de familles, retrouvés dans les valises des déportés. Dessus, des sourires témoignent de jours heureux, de balades, de fêtes de famille. Comme pour rappeler que l’Histoire peut vite basculer. Dans la prison du camp, les visiteurs prennent à nouveau conscience de la barbarie qui animait les sbires d’Hitler. Les cellules ressemblent plus à des niches. L’air y est irrespirable. À deux pas, dans un bunker, deux fours crématoires encore noircis. Des cris de dégoût s’élèvent. Des larmes coulent sur les joues. La nuit tombe sur le camp, la fatigue se fait sentir. Une journée durant, la délégation marseillaise aura bravé le vent et la neige, parfois à la limite du supportable. Pour ne jamais oublier ce que pourtant des gens s’entêtent encore de nos jours à nier.

Par Lionel Modrzyk, envoyé spécial en Pologne (locale@laprovence-presse.fr)

 
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